Je vous souhaite la bienvenue dans ma tête ! Prenez un siège, installez-vous confortablement, et profitez bien de la visite. Mise en garde : ce blog n'est pas conçu pour les âmes trop sensibles, ainsi que les esprits trop fermés. Vous trouverez ici mes textes doux-amers, écrits au fil des ans... Je dédie ce blogue à mes "muses" réelles... ou imaginaires. ^^

vendredi 11 avril 2008

La théorie des chimères amoureuses

Il était une fois une princesse qui vivait dans une tour d’ivoire en état de décrépitude avancée située dans un quartier populaire de Montréal. Elle se nommait Morgane, et avait une petite vingtaine d’années – mais l’esprit romantique d’une adolescente de quinze ans. La jeune fille, un brin paresseuse, alternait quelques heures d’études, travail à temps partiel et rêveries à toute heure du jour. Allongée sur le divan de son salon, elle se plongeait dans son monde imaginaire peuplé de princes charmants en veste de cuir, et en oubliait la poussière qui s’accumulait de plus en plus dans sa tanière, à savoir sa chambre, de même que les lectures à effectuer. Utopiste, et quelque peu adepte de la pensée magique, elle espérait trouver l’amour… sans se mouiller. Lorsqu’elle était moindrement intéressée par un garçon, elle se contentait de l’observer de loin, en soupirant, et détournait les yeux moindrement que le bellâtre se mettait en quête de croiser son regard. Ou elle s’arrangeait pour prendre les transports en commun en même temps que lui, sans cependant oser l’approcher. Du haut des remparts de sa forteresse, elle dévisageait les soupirants potentiels, et s’amusait presque à alterner chaleur et douches froides. Pourtant, elle était jolie, intelligente, drôle, mais, malheureusement, elle manquait cruellement de confiance en soi, de même que d’esprit de décision. Et sa mère, la duchesse de la tour, loin d’arranger les choses, se contentait de répéter continuellement à sa princesse de fille qu’elle finirait par trouver son prince à l’université, ou, en cas d’échec, sur le milieu du travail. La jeune fille, tout de même lucide, se savait compliquée, mais ne désirait pas chercher d’aide extérieure ; d’ailleurs, bien que parfois désespérée, elle ne désirait néanmoins pas faire affaire avec Louis Lesage, dont elle connaissait la réputation par ouï-dire. Et elle attendait…
Jusqu’au jour où un jeune homme entra dans sa vie. Était-il exceptionnel ? Pas particulièrement. Était-il aussi brave et valeureux qu’un chevalier se devait de l’être ? Pas du tout. Pourtant, il rendait folle la princesse avec son sourire candide. Pendant des mois, elle rêva à lui, se bâtit des scénarios inimaginables dans sa tête, écrivit des poèmes déchirants, désespéra… sans toutefois l’approcher, lui parler, faire connaissance. Elle était amoureuse – ou, du moins, le jeune prince lui faisait un effet monstre. Sa présence lui faisait perdre le fil de sa conversation, et elle en oubliait des choses derrière elle. Elle se battit même contre une grève étudiante pour le revoir. Mais… Elle ne faisait rien de concret. Parce qu’elle avait peur. Peur de se prendre un râteau mémorable. Peur d’être la seule à soupirer, à se troubler dans son coin. Peur de se rendre compte que finalement son beau prince n’était qu’un alcoolique en devenir, un paresseux pathologique, un fêtard invétéré, un rêveur envasé dans ses illusions et ses chimères. Et cette incertitude, cette attente la faisait terriblement souffrir. Se confiant à ses amis, ceux-ci commencèrent à s’exaspérer de l’entendre parler éternellement du même sujet inlassablement. Ils lui conseillèrent de faire quelque chose, ou sinon ils se mettraient à les ignorer, elle et ses amours à sens unique.
C’est pour cette raison précise qu’un beau matin, elle se décida à lui écrire. Ou, plutôt, à lui poser une question banale. Digne d’un sondage. D’une neutralité absolue. À des milles d’être menaçante, osée, charmeuse. Une jolie petite perche bien innocente. Certaine de recevoir une réponse prochainement, elle envoya son message, l’esprit libéré.
Les jours passèrent. Puis les semaines. À chaque jour, la princesse allumait son ordinateur, et se croisait les doigts.
Aucune réponse.
Rien.
Elle crut, au début, que le message s’était mal rendu. Non. Il était là. Toujours là, en tête de liste. Elle en resta interloquée durant quelques secondes, puis opta pour la perplexité.
Pourquoi ? Pourquoi ne daignait-il pas répondre ? Il était trop occupé ? Nullement intéressé ? Impoli ? Paresseux ? Homosexuel ? Analphabète ?
La princesse élabora de nombreuses théories, angoissée. Elle questionna ses amis, sa parenté, ses voisins, son chat, son hamster, son poisson rouge, qui, tous, à nouveau, se mirent à désespérer d’elle… Pourquoi ne répondait-il donc pas à cette question d’une banalité exaspérante ? Pourquoi ?
Si elle avait su…
Si seulement elle avait su que le jeune homme avait bel et bien lu son message, et avait décidé de lui répondre…
Si seulement elle avait su que par un bel après-midi, en rentrant chez lui, la démarche ondulante et les yeux dans le vague, il avait croisé cette vieille femme… Une vieille femme comme on en voit sur la rue Sainte-Catherine. Les vêtements d’une propreté douteuse, la bouche édentée, l’odeur marquante, mais les yeux pétillants de malice…
Si seulement elle avait vu cette femme retenir le bras du prince de sa longue main griffue et lui tenir, de sa voix chevrotante, ces paroles exactes : « Une jeune fille vous tourne autour. Oubliez-la. Elle vous fera tourner en bourrique. »
Si seulement ces paroles étaient entrées dans l’oreille d’un sourd…
… la princesse romantique aurait peut-être vécu quelque chose de merveilleux avec le prince de ses rêves plus ou moins catholiques.
Mais non.
Il a fallu qu’un jeune homme superstitieux tombe sur une vieille femme particulièrement lucide…
En conclusion, que vous soyez une princesse névrosée ou une amazone dégourdie, ne choisissez pas Internet comme méthode de séduction. On ne sait jamais ce que mettra le destin sur la route de votre prince avant qu’il ne daigne répondre à votre message. Ne faites pas comme elle : foncez, qui à vous prendre le râteau de votre vie… Ou, encore, si vous n'osez pas, oubliez ce garçon qui ne vous voit peut-être même pas, et tournez-vous vers ceux qui attendent désespérément un signe de votre part. Ça vaudra mieux pour votre santé mentale...

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